10 novembre 2006

Épopée épique

Samedi 4 et dimanche 5 novembre 2006, navigation aux Îles du Frioul avec les soeurs xavières et leurs jeunes amies de la Claire Maison.

Nous avons monté avec les soeurs xavières de Marseille un projet qui tenait du pari : faire vivre ensemble les soeurs et les jeunes de la Claire Maison, en mer, le temps d'un week-end.

Après les préparatifs d'usage de ce genre d'équipée, je suis confronté à un contretemps, à savoir que les bateaux prévus pour cette navigation me font faux bond. La solution de rechange est vite trouvée pour moi, sous la forme de la chaloupe amirale "Massalia", gérée par l'association Vogue Massalia avec laquelle nous avons déjà des liens anciens. Dans mon esprit, il ne s'agit pas d'un pis-aller mais d'une manière de naviguer qui correspond tellement à ce que je trouve de plus abouti comme manière d'appréhender la mer, que je n'y trouve que des avantages.

Donc, le samedi matin, j'attends tout guilleret mes équipières. A leur arrivée au centre municipal de voile du Roucas, le choc est rude. Au lieu de bateaux de croisière jetant des reflets chromés sur une croisette du haut de leur superbe, les filles découvrent un esquif, au ras de l'eau, si frêle qu'elles doutent même de ses capacités à sortir du port. Certaines des équipières, de culture carribéenne et africaine, traitent le bateau de PIROGUE. Je tente d'aviver l'intérêt de l'équipage en racontant l'histoire du bateau qui les porte. Bref, nous partons.

Notre première journée de navigation se déroule dans d'excellentes conditions. Après la découverte de l'aviron ("comment, il faut ramer ?"), dès la sortie du port un vent d'Est faible, de 5 à 7 noeuds, nous pousse gentiment vers Pomègues. Une halte à l'Anse de Quarantaine nous maintient dans l'esprit de la plongée vers nos racines, nous détaillons ensemble le fonctionnement du mouillage, les bittes d'amarrage sculptées dans la pierre par les marins, la raison de la présence de l'infirmerie. C'est l'occasion pour certaines de mettre un premier pied à terre, pour satisfaire un besoin naturel. A peine touché le "plancher des vaches", ce qui est vraiment une expression exotique ici car personne n'a jamais vu de vache au Frioul, les trois équipières en question décident de rester sur l'élément ferme et de nous rejoindre au port. Pour notre part, le bref trajet vers le mouillage du soir, est l'occasion d'un instant de grâce.

Poussés par la brise du soir dans les pelles à plat, nous glissons sans bruit au pied des falaises peuplées des seuls gabians, les goëlands marseillais. De calanque en calanque, nous embouquons l'entrée du port à l'heure des premiers feux du soleil couchant. Les seuls bruits perceptibles sont les voix des pêcheurs à la ligne, nous faisant mesurer la qualité de la transmission du son sur l'eau. Un accostage tout en douceur ponctue cette première sortie en mer. Toutes sont fières d'elles, heureuses de retrouver la terre.

Il nous faut prendre nos quartiers de nuit. Nous nous dirigeons vite vers le fort de Brégantin, là-bas derrière la prochaine pointe, vous savez ce n'est pas si loin...

L'arrivée, à la nuit tombante, dans un fort loin de tout, peuplé des seuls gabians, envahi d'ombres inquiétantes, provoque chez certaines une panique irraisonnée. En un instant, il faut regagner le port, retrouver la ville de Marseille si proche, dont les feux scintillent comme autant de rappels qu'une vraie vie existe à portée de main, il faut prendre la navette de retour, il faut dire sa peur au téléphone, il faut... sortir du désert.

Les filles, vos souffrances sont belles, vous êtes belles.

Le petit nombre de reste, après avoir digéré cet évènement, se compte. 6 sur 12, la moitié de l'équipage. Avec un vent qui promet de forcer dimanche, cela rend le retour plus acrobatique. Ce n'est pas grave, nous allons en profiter pour passer de bons moments. La soirée est chaleureuse et forte de quiétude retrouvée, nous avons un avitaillement pour aller faire le tour du monde, le ciel étoilé nous cloue de sa beauté froide. Après une nuit réparatrice, le dimanche matin nous retrouve sur une pointe face à la mer grondant à nos pieds, pour louer le Créateur et se laisser envahir de la beauté qu'Il a versé, comme un cadeau, dans ce paysage grandiose qui nous emplit de sa présence.

Le retour, sous tape-cul seul dans une brise à 20-25 noeuds, se fait sans encombre, accompagné des chants des équipières, joyeuses de cette beauté partagée.

Merci Marie de nous avoir guidés jusqu'au port, merci Seigneur de cette joie pleine et calme qui nous envahit après des temps où nous touchons l'Éternité de Ton amour.

3 commentaires:

Éric a dit...

Seigneur, donne-nous d'être plus et mieux attentifs aux autres ; pardon pour nos manques.

Anonyme a dit...

merci Eric pour ce récit, les photos ne vont pas tarder à arriver....très bonne année à toi et tous les tiens.
les xavières

Anonyme a dit...

Fort Brigantin


Fort Brigantin,
le bout du monde,
Un bout d’île,
une bifurcation de chemins.
Certains s’y séparèrent,
avant même de s’y rendre.
D’autres y rencontrèrent des terreurs
cachées au détour du sentier ,
dans les ombres, des pierres,
et pour se donner de la force,
mirent de gros cailloux dans leurs poches.


Un homme vit seul ici,
locataire d’un fort
dont les derniers résidents furent
des combattants de la dernière guerre.
Etonnante hospitalité
de cet homme, absent,
qui a pu organiser ici
de quoi faire face au vent, au manque d’eau.
Solitude qu’on respire à chaque souffle,
solitude aux accents de mouettes,
solitude au détour des criques,
solitude au couleurs
des lumières de la ville au loin, Marseille,
comme une guirlande de Noël.
Solitude et silence nocturne
d’une nature qui demeure sauvage
et que nos jeunes amies n’ont pu affronter,
tant elle leur était étrangère.


Nos jeunes amies,
nous n’aurons partagé avec vous toutes
que la moitié du chemin,
de quoi nous donner le goût
d’inventer d’autres chemins de retour avec vous,
d’autres rencontres.
Qu’avons nous appris les uns et les autres,
de ces heures de traversée, de rencontres, et de bifurcations?
Quelque chose nous a liés pour un temps, quoi qu’il en soit suivi.


Marie-Hélène 5 novembre 2006